Entrainement Cérébral ? Oubliez vos applis, et faites de la musique

By 9 novembre 2016Lumiiq - le Blog

entrainement-cerebral-oubliez-les-applis-et-faites-de-la-musiqueApprendre d’un instrument de musique peut avoir un gros impact sur la structure de votre cerveau, améliorant votre mémoire, votre résonnement dans l’espace et vos capacités linguistiques.

L’industrie multimillionnaire de l’entraînement cérébral en prend un coup. En octobre 2014, un groupe de plus de 100 neuroscientifiques parmi les plus reconnus ont écrit une lettre ouverte pour prévenir que « Les arguments faisant la promotion des jeux  pour l’entraînement cérébral étaient souvent exagérés et parfois trompeurs ». Cette année, le géant Lumosity a été condamné à une amende de 2 million de dollars, ainsi qu’à rembourser des milliers d’utilisateurs qui avaient été dupés par de fausses annonces déclarant que les produits de la firme permettaient d’améliorer les capacités mentales et de réduire la progression des maladies dues à l’âge touchant le cerveau. Egalement, une enquête récente examinant les études en faveur des bienfaits de tels produits fait état de « faibles corrélations… entre ce genre d’entraînement et l’amélioration des performances cognitives au quotidien »

Alors que les jeux et applications pour l’entraînement cérébral ne sont plus à leur apogée, il est par contre bien reconnu que d’autres activités ou routines quotidiennes peuvent avoir un vrai impact sur la santé générale de notre cerveau et peuvent aider à garder l’esprit vif en vieillissant. Des études montrent qu’apprendre un instrument de musique est bénéfique aussi bien pour les enfants que pour les adultes, et peux aussi aider les patients qui se remettent de lésions cérébrales.

« La musique agit probablement de manière unique » explique la neuropsychologue Catherine Loveday de l’Université de Westminster. « Elle stimule le cerveau d’une manière très puissante, car nous y sommes connectés de manière émotionnelle. »

Jouer d’un instrument de musique est une expérience riche et complexe qui fait appel à plusieurs de nos sens: le regard, l’ouïe, le toucher, ainsi qu’à l’apprentissage de petits mouvements précis. Apprendre à maîtriser cette micro-gestuelle peut avoir un impact à long-terme sur notre cerveau. Les musiciens professionnels sont des techniciens expérimentés qui ont passé des années d’entraînement à répéter ces mouvements, et sont un terrain propice pour les neuroscientifiques qui étudient comment de tels changements (appelés « plasticité neuronale » liés à l’expérience) interviennent au cours de leur vie.

Changement de structure du cerveau

Des études de scanners de cerveaux chez des jeunes enfants ont mis en évidence de grandes différences dans la structure du cerveau des musiciens et des non-musiciens du même âge. Par exemple, le corpus callosum, un gros amas de fibres nerveuses reliant les 2 hémisphères du cerveau, est beaucoup plus développé chez les musiciens. Les zones du cerveau faisant fonctionner les mouvements du corps, l’ouïe, et l’appréhension de l’espace sont plus développés chez les pianistes professionnels. La zone des sensations de toucher de la main gauche, bien plus importante chez les violonistes.

Des études ont comparé des données de plusieurs groupes de personnes à un point donné dans le temps. D’emblée, il est difficile de dire si les différences constatées sont dûes à la pratique d’un instrument de musique où à une prédisposition à devenir musicien chez certains sujets. Par contre, en comparant des données prises sur une plus longue période de temps, les résultats montrent que les enfants ayant eu une pratique d’un instrument de musique pendant 14 mois ont eu un changement fonctionnel et structurel de leur cerveau comparés à ceux qui n’ont pas appris d’instrument de musique.

De manière générale, ces études mettent en évidence que l’apprentissage de la musique par la pratique d’un instrument non seulement augmente le volume de la matière grise dans différentes zones du cerveau, mais renforce également les connexions entre elles. D’autres études montrent que l’apprentissage de la musique améliore la mémoire verbale et l’alphabétisation, à tel point que les musiciens professionnels surpassent souvent les non-musiciens dans ces domaines.

Bienfaits à long-terme pour les musiciens

Un paramètre important qui détermine à quel point le cerveau des musiciens subi des changements est l’âge auquel l’apprentissage démarre, ainsi que son intensité. Ceux qui démarrent très jeunes auront les plus gros changements.

Même une période réduite d’apprentissage de la musique dans la jeune enfance peut avoir des répercussions à long-terme. Dans une étude de 2013, des chercheurs ont divisé 44 adultes du 3e âge en 3 groupes en se basant sur leur passé musical. Les participants d’un groupe n’ont jamais fait de musique, ceux du 2e groupe on appris d’un instrument pendant une courte période (entre 1 et 3 ans), et ceux du dernier groupe pendant une plus longue période (de 4 à 14 ans)

L’étude consistait à passer aux participants des enregistrements complexes de discours, tout en mesurant le temps de réponse neuronal dans la partie du cerveau liée à l’écoute. En vieillissant, ce temps de réponse à tendance à se détériorer, ce qui rend à compréhension de la parole plus compliquée, tout particulièrement dans un environnement bruyant. Les participants du 2e groupe, ayant reçu une éducation musicale modérée ont montré les meilleurs résultats à ces tests, ce qui suggère que même une pratique limitée de la musique dans la jeune enfance peut aider à conserver une  meilleure compréhension de la parole et à améliorer la résistance aux effets de l’âge sur l’ouïe.

Plus récemment, il est apparu clair que l’apprentissage de la musique facilite la rémission de patients atteints de lésions cérébrales ainsi que d’autres atteintes au cerveau. Certains chercheurs font maintenant la démonstration que ça peut également booster la compréhension et l’apprentissage de la langue chez les enfants atteints de dyslexie. De plus, les bienfaits semblent persister pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies, ce qui protège le cerveau contre le développement de problèmes cognitifs.

Contrairement aux produits commerciaux pour l’entraînement cérébral, qui améliorent uniquement la performance dans le domaine sollicité, l’apprentissage de la musique a ce que les psychologues appellent l’effet de transfert, autrement dit un effet sur le cerveau qui est beaucoup plus large en touchant également des zones qui sont a priori sans lien direct avec la pratique de la musique.

« La musique atteint des parties du cerveau qu’elle seule peut toucher » dit Catherine Loveday. « C’est un stimulant cognitif puissant qui fait progresser le cerveau comme rien d’autre ne peut le faire, et les preuves que la pratique musicale améliore certaines choses comme la mémoire et le langage sont très solides. »

Finalement, apprendre à jouer d’un instrument de musique semble être le plus efficace des entraînements cérébraux. En fonction de l’instrument choisi les bienfaits seront différents. Le piano, la guitare, le violon ou encore sa propre voix, il ne reste plus qu’à choisir.

Source: The Guardian (traduit de l’anglais)